( 20 octobre, 2017 )

En cuisine avec une Top chef

Ceux qui me connaissent le savent : je ne suis pas un as en cuisine. Si je donne le change pour réaliser des plats simples, je suis loin d’être Marc Veyrat aux fourneaux. Et ma famille me l’a souvent fait remarquer, à force d’être reçue avec un plat de spaghettis ! Pour mon dernier cadeau, mon entourage m’a payé cette expérience : un cours de cuisine à Besançon. Dites-moi : je dois y voir un sens caché, selon vous ? Je me suis donc rendu à Besançon pour prendre du galon dans le domaine. Le chef cuistot qui nous a reçus était un jeune passionné, fort de plusieurs expériences dans de grandes cuisines.Le programme du cours visait à préparer un menu complet, qu’on pouvait ensuite déguster à table. Lors de ce cours, j’ai parmi d’autres plats pu en réaliser un qui mérite un mot : un milles feuilles de crabe ! Oui, croyez-moi : le résultat est aussi plaisant et savoureux que ce que vous pouvez imaginer d’après le nom, c’est un régal pour les papilles. Demain, je vais préparer ce plat pour le faire goûter à mon entourage. J’ai hâte d’observer leurs réactions ! Cette idée de cours de cuisine va leur faire autant plaisir à eux qu’à moi. Car le chef cuistot lui-même m’a félicité pour mille feuilles, lors de l’atelier. Nous avons au final dégusté nos oeuvres autour d’une table, tous très fiers de notre travail (certains l’étaient même à tel point qu’ils prenaient leurs plats en photo pour l’envoyer à leurs amis !). Après ces trois heures épiques d’apprentissage, j’ai effectué une promenade digestive dans les rues de Besançon, une ville que je connaissais avec le recul très peu. Certes, j’y vais souvent pour le travail, mais je ne me souviens pas avoir un jour pris le temps de l’explorer pour le plaisir. C’est ainsi que j’ai arpenté bon nombre d’artères dans lesquelles je n’étais encore jamais allé. Si la journée était venteuse et froide, cette balade était indispensable : il fallait refroidir la tête d’un chef cuistot qui venait de naître ! Pour en savoir davantage, je vous recommande la lecture du blog sur cette activité de ce cours de cuisine à Valence chez Anne-Sophie Pic qui est très bien fait sur le sujet.

cuisine14

( 19 octobre, 2017 )

La désindustrialisation des pays émergents

Vêtue d’un sari violet et doré, Kiran Kumari est assise derrière sa machine à coudre Brother, sur le sol d’une vaste usine, entourée de dizaines de petites mains. D’un grand geste habile, elle saisit un morceau de tissu du tas à côté d’elle, place une pièce blanche au-dessus et les fait rapidement passer tous les deux sous l’aiguille. Il s’agit d’un des 400 cols que Mme Kumari coudra sur des vêtements Ralph Lauren au cours de son service de huit heures, à raison de quelques minutes par pièce, le tout pour un salaire mensuel d’environ 100 dollars. Elle et les 4 800 autres employés que comptent les trois usines de Matrix Clothing au sud de Delhi forment une infime partie de l’abondante main-d’œuvre peu coûteuse sur laquelle de nombreux pays en développement fondent leurs espoirs de prospérité. Cela vaut particulièrement en Asie du Sud, où la population s’accroît rapidement et les salaires restent faibles. La Banque mondiale estime qu’à elle seule, cette région fera entrer 1 à 1,2 million de personnes sur le marché du travail chaque mois au cours des deux prochaines décennies, soit 240 millions de personnes. Pourtant, à 13 000 kilomètres de là, dans la ville d’Atlanta (États-Unis), une entreprise de robotique planche sur la conception d’une machine qui pourrait faire perdre son travail à Mme Kumari : la technologie Sewbot, développée par Softwear Automation, vise à automatiser l’ensemble du processus de fabrication de vêtements. “La technologie Sewbot, développée par Softwear Automation, vise à automatiser l’ensemble du processus de fabrication de vêtements” Plusieurs années seront encore nécessaires pour que la technologie devienne bon marché et assez fiable pour remplacer les humains. Mme Kumari, par exemple, gagne environ 1 200 dollars par an, et si la société à l’origine de Sewbot ne fournit pas d’indications relatives à son coût, des sources du secteur parlent de centaines de milliers de dollars. Toutefois, au vu de l’intensification de l’automatisation au sein des industries traditionnelles, les experts avertissent que ce n’est qu’une question de temps avant que cette technologie ne porte atteinte au modèle économique d’une grande partie du monde en développement. L’Asie du Sud est particulièrement menacée, compte tenu de la quantité de programmes économiques dans cette région du monde qui effectuent les travaux de production pour l’export pour lesquels la Chine devient trop coûteuse. En Inde, au Pakistan et au Bangladesh, les décideurs parlent de récolter un “dividende démographique”, puisque les populations augmentent rapidement alors que les salaires moyens restent environ quatre fois inférieurs à ceux de la Chine. Pourtant, les économistes commencent à s’interroger sur les dividendes que ces forces de travail jeunes, peu coûteuses et infatigables toucheront réellement lorsque les robots seront toujours plus en mesure d’effectuer les travaux manuels exigeant une main-d’œuvre importante, sur lesquels comptent les travailleurs. Cela pourrait également se ressentir dans des régions telles que l’Asie du Sud-Est, autre centre de l’industrie textile, et l’Afrique subsaharienne. “La robotique et l’intelligence artificielle représentent la prochaine révolution”, explique Rajiv Kumar, économiste et fondateur de la Pahle India Foundation. “Ces technologies seront plus déstabilisatrices que les révolutions que nous avons connues par le passé (la vapeur, l’électricité, la chaîne de montage ou les ordinateurs), car elles vont remplacer non seulement des routines, mais également des fonctions mentales complexes. La crainte est que notre dividende démographique ne se transforme en un cauchemar démographique.” Il y a plusieurs années, les universitaires ont remarqué un phénomène surprenant dans certaines régions d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique subsaharienne. Bien que la population de nombreux pays ait fortement augmenté, la part des emplois dans l’industrie manufacturière avait à peine progressé depuis les années 1980, et dans certains cas, avait commencé à baisser, et ce bien avant que les économistes ne s’y attendent.

( 26 septembre, 2017 )

Trump bless America

Les élections américaines qui se préparent sont peut-être catastrophiques sur le plan géopolitique, mais elles ont au moins cet avantage : elles représentent un excellent divertissement. La semaine dernière encore, j’ai participé à un incentive à Albany aux USA à l’occasion duquel j’ai pu discuter du résultat de ces élections avec quelques collègues. Curieusement, ces derniers pensaient encore qu’Hillary Clinton allait rafler les élections. Mais je ne suis pas de leur avis : d’après moi, c’est au contraire Donald Trump qui va rafler la mise. C’est bien sûr effrayant et difficilement compréhensible, mais ça n’en est pas moins vrai. La pensée qu’un gars aussi perché puisse être mis à la tête du pays le plus puissant du monde peut paraître insensée, mais elle est en fait parfaitement réaliste. Trump ne gagnera pas tant en raison de ses promesses absurdes que de ce qu’il est fondamentalement. Car au-delà de ses électeurs de base, ce sont d’autres personnes qui vont avoir une influence déterminante et le faire élire : tous ces gens qui ne croient plus au système et veulent le mettre à mal. Ils sont évidemment conscients que le milliardaire représente un choix horrible qui aura de lourdes conséquences, mais c’est finalement pour ça qu’ils vont voter pour lui Comment je sais tout ça ? Parce que j’ai moi-même été comme ça à une époque. Il m’est arrivé, au moment de voter, de vouloir faire un pied de nez au système et de ne pas voter de manière consensuelle. Et les électeurs qui partagent cette envie sont incroyablement nombreux aux Etats-Unis. Ce n’est pas sans raison que le milliardaire a gagné la primaire républicaine, lorsque les spécialistes n’auraient pas pu y croire quelques mois auparavant. Et je pense que les électeurs facétieux qui ont rendu ce premier renversement possible se feront entendre une nouvelle fois lors de l’élection. Je peux évidemment me tromper, et je le souhaite vraiment, en fait : mais je ne me fais aucune illusion en la matière. En tout cas, cet incentive à Albany m’a enchanté. Je vous mets d’ailleurs en lien l’agence qui nous l’a proposé. Les bonnes agences événementielles sont suffisamment rares pour que la qualité de travail de celle-ci soit mentionnée ! Plus d’information sur cette incentive aux USA en surfant sur le site de l’organisateur.

( 28 août, 2017 )

Execution sommaire en Arabie

Amnesty International a évoqué mardi le risque d’une exécution «imminente» de 14 Saoudiens, condamnés à mort pour implication dans des troubles dans le royaume saoudien, au terme d’un «procès inéquitable». La Cour suprême du royaume a confirmé la peine de mort prononcée contre les 14 hommes, reconnus coupables notamment de «rébellion armée contre le roi», attaques contre les forces de sécurité et vol à main armée, indique l’organisation de défense des droits de l’Homme. Leur sort dépend désormais du roi Salmane, qui peut se prononcer pour ou contre leur exécution, a indiqué Samah Hadid, responsable d’Amnesty pour le Moyen-Orient. Le verdict est «le résultat d’un simulacre de procès, qui ne répond pas aux normes internationales d’un procès équitable», a-t-elle ajouté. Amnesty a indiqué que 15 autres Saoudiens avaient été condamnés à mort dimanche par la Cour suprême pour «espionnage» au profit de l’Iran. Le royaume, qui compte le nombre d’exécutions parmi les plus élevés au monde, a mis à mort au moins 66 personnes depuis le début de cette année, selon Amnesty. Les autorités saoudiennes ont intensifié leur campagne de répression contre les dissidents notamment dans la région de Qatif, dans l’est du pays où se concentre la minorité chiite. Le 11 juillet, le ministère de l’Intérieur avait annoncé l’exécution de 4 personnes, condamnées à la peine capitale pour «crimes terroristes», dont des attaques contre les forces de sécurité et troubles à Qatif. Le royaume est régi par une version rigoriste de la charia, la loi islamique, et applique la peine capitale dans des affaires de terrorisme, de meurtre, de viol, de vol à main armée et de trafic de drogue.

( 26 juin, 2017 )

Les destructifs

Plusieurs cadres du parti minimisent l’impact du départ de plusieurs élus pour le nouveau groupe parlementaire, tout en s’indignant de l’utilisation du nom « Républicains ». Condamner tout en ne se montrant pas trop touchés, tel est l’exercice d’équilibriste auquel se prêtent les Républicains depuis l’annonce par Thierry Solère de la création d’un groupe indépendant à l’Assemblée: « Les Républicains constructifs, UDI, et indépendants ». Une décision qui ampute le parti d’une vingtaine d’élus et de la totalité des députés UDI.  Depuis la scission, c’est notamment l’appellation de la nouvelle force parlementaire qui fait enrager certains à droite. « Comme si nous autres n’étions pas des élus soucieux de servir l’intérêt général, c’est vraiment minable », s’agace Laurent Wauquiez, figure de l’aile droitière du parti, cité par Le Parisien. Moqueur, il propose de nouveaux noms pour ses anciens camarades: « à leur place, je me serais plutôt appelé le Club des mangeurs de soupe ou bien les Destructifs ».  Selon L’Opinion, le secrétaire général de LR Bernard Accoyer a même indiqué mercredi lors du bureau politique qu’il comptait demander l’interdiction de l’utilisation du mot « Républicains » pour le nouveau groupe.   Invité de Radio Classique ce jeudi, ce dernier a à son tour ironisé sur le terme ‘ »constructifs ». Selon lui, la vingtaine de parlementaires partis former un groupe avec l’UDI ne seraient que des « supplétifs » au service d’un Premier ministre « dont le charisme n’est pas ébouriffant ».   Avant de minimiser l’impact de ces départssur la famille LR. « N’en faisons pas une montagne: l’UDI n’arrivait pas à faire un groupe toute seule. Elle a décidé, avec la complicité de Solère et de quelques autres, de faire un nouveau groupe », indique-t-il, pointant des « démarches personnelles ».   « C’est un groupe UDI qui a récolté, récupéré un certain nombre de Républicains qui étaient en affaires politiques avec l’exécutif depuis longtemps, puisqu’il y a l’essentiel de ceux qui n’ont pas eu des candidats En Marche contre eux aux législatives », a conclu l’ancien président de l’Assemblée.

( 31 mai, 2017 )

Vu d’en haut

On dit que les femmes sont subtiles. Ce n’est pas le cas de la mienne. Ou alors, il s’agit d’une forme de subtilité qui m’échappe (tant elle est subtile, n’est-ce pas). Cela fait des mois qu’elle me répète à quel point le monde doit être joli vu du ciel, d’une montgolfière, « par exemple ». Du coup, je savais quoi lui offrir pour son anniversaire. :) Et le week-end dernier, j’ai donc effectué en sa compagnie un vol en montgolfière à Albi. Et même si ce n’était a priori pas ma tasse de thé, j’ai été enchanté par cette expérience. Cela s’est avéré être un bon moyen de s’extraire du quotidien, et d’avoir une vue d’ensemble sur notre existence. En général, on en vient à oublier quelle est notre place dans l’univers. On est à ce point plongés dans l’actualité qu’on en vient à perdre de vue notre taille relative. Pourtant, il m’a suffi de grimper dans une montgolfière et de contempler le monde en bas pour comprendre à quel point tout cela est ridicule. Vu de là-haut, le monde apparaît en effet tel qu’il est, à la fois gigantesque et sublime. Les hommes ne sont plus que des insectes, les villes ne sont plus que des taches dans le paysage. Là-haut, on se souvient que l’être humain est au fond insignifiant, et que son principal problème est qu’il s’imagine plus important qu’il ne l’est réellement. Et cette petitesse est aussi temporelle : nous vivons si peu longtemps au regard de l’histoire du monde que l’importance que nous nous accordons est stupéfiante. Nos gratte-ciel ne sont en fait que des châteaux de sable au regard de l’univers. Le monde qu’on aperçoit depuis les cieux existait bien avant que l’homme se différencie du singe, et demeurera bien après sa disparition. Je vous vois sourire, et je sais ce que cette réflexion peut avoir de benêt, dit comme ça : mais je crois qu’il faut avoir réalisé soi-même un vol en montgolfière pour saisir ce que je veux dire. Parce que c’est une chose que de savoir à quel point nous sommes infiniment petits en ce monde ; et c’en est une toute autre que de le sentir physiquement. Si vous aussi vous éprouvez le besoin de remettre les choses en perspective, je vous invite à faire un vol en montgolfière. Je vous mets en lien celui que j’ai fait à Albi, mais il y en a un peu partout ailleurs. Retrouvez plus d’informations sur l’organisateur de ce de ce baptême de l’air en montgolfière à Albi.

montgolfiere 1

( 29 mai, 2017 )

La santé et la sécurité routière

La prise en compte de cette dimension, avec l’implication de nouveaux acteurs du monde de la santé, modifie la nature des recherches et ouvre de nouvelles pistes, qu’il s‘agisse des individus et particulièrement des usagers vulnérables ou d’une vision plus globale de la santé publique à travers une approche épidémiologique. Quels sont les effets liés aux dégradations de l’état de santé, à la prise de médicaments, etc., sur la conduite ? Comment, dans une perspective globale, prendre en compte des conducteurs qui sont normalement et diversement “diminués” par rapport à ce qui est attendu d’un conducteur “ordinaire” ? Comment faire le lien entre les risques de la pratique automobile et leurs conséquences immédiates et à court terme (morts, blessés) ? Comment notamment étudier le devenir des victimes sur de multiples plans, qu’ils soient médical, professionnel, social, familial… ? Comment rendre compte, en termes de santé publique et non de problèmes individuels, des conséquences négatives de la pratique automobile ? Quelles perspectives épidémiologiques et économiques développer pour permettre une approche globale de ce risque ? Les recherches engagées apporteront des réponses à court terme sur les phénomènes susceptibles de perturber la vigilance et l’attention au volant et à plus long terme sur les conséquences médicales, psychologiques, sociales, familiales d’un accident de la route.

( 23 avril, 2017 )

Un an après, le mouvement Nuit debout est toujours là

Un an après son premier rassemblement, le mouvement se rassemble place de la République. L’occasion pour Nuit debout de trouver un nouveau souffle à la veille de l’élection présidentielle.  Il y a un an jour pour jour, des centaines, puis des milliers de personnes se rassemblaient sur la place de la République à Paris et dans d’autres villes de province, initialement pour s’opposer à la loi travail. Ils décidaient de ne pas rentrer chez eux, et de «rester debout» sous l’impulsion de François Ruffin, réalisateur du film Merci patron, ou de l’économiste Frédéric Lordon. Le mouvement Nuit debout voyait le jour. Sans leaders définis ni appareil organisationnel, il a agrégé pêle-mêle des militants d’Europe-Écologie Les Verts et du Front de gauche, des syndicalistes, des militants associatifs, des anarchistes, des étudiants… Avec une seule interrogation en commun: comment pourrait-on changer les choses?  Après l’adoption par le parlement de la loi El Khomri, et avec l’arrivée des longues journées estivales, Nuit debout avait perdu de sa superbe et avait finalement fini par s’éteindre. Les militants se faisaient plus rares, et les nombreuses tentes installées en avril dernier ont laissé place à des rampes pour les skateurs sur la place de la République. Mais jusqu’à dimanche, Nuit debout va renaître pour célébrer son anniversaire. À l’image des AG qui se déroulaient jusque tard dans la nuit au printemps dernier, des prises de parole et des débats seront organisés, ainsi que des concerts et des projections de films. «Le but de cet anniversaire n’est pas de célébrer l’anniversaire, mais de se tourner vers l’avenir, de montrer que Nuit debout n’a pas servi à rien», témoigne au Figaro Laury-Anne Cholez, «Nuitdeboutiste» et journaliste à Gazette debout, une publication issue du mouvement.

( 21 avril, 2017 )

Espagne: le dogme politique

Avant-hier, j’ai dû assister à un colloque à Saragoza où j’ai eu l’occasion de débattre de l’actualité avec plusieurs collègues, et surtout du flux de migrants vers l’Europe. J’ai alors noté au cours de ce débat que de nombreuses personnes ne voyaient pas la différence entre patriotisme et patriotisme. Une incompréhension qui n’a pas manqué d’attiser la discussion et d’instaurer d’importants malentendus. Car évidemment, si les deux termes sont trop souvent reliés, ils ne se confondent pas. Le patriotisme est la passion qu’on porte à son son pays. Un attachement qui implique que l’on est décidé à le privilégier. Il est parfois assimilé au nationalisme, c’est dans les faits un concept beaucoup plus ancien, qui profite d’un attirail théorique bien moindre. Le nationalisme suppose que les nations sont des entités confirmées, alors que le patriotisme, quant à lui, peut simplement signi?er la dévotion à une région ou une bourgade et ne nécessite pas de faire appel à l’idée nébuleuse de « pays ». Le patriotisme est davantage une sensibilité qu’un dogme politique, au final, même s’il peut quand même inspirer l’action de différentes manières, notamment en temps de dissension. On pourrait a priori croire qu’il grandit dans la mouvance naturelle du conservatisme, mais force est de constater que les régimes de gauche se sont appuyés sur le du sentiment patriotique. Ainsi, par exemple, le bloc soviétique s’en est servi au cours de la guerre dite Patriotique (la 2nde Guerre mondiale). Dans des contextes particuliers, le patriotisme peut de plaque aux partis, comme cela se produisit en Angleterre au XVIIIe siècle, où le terme « patriote » en est venu à figurer une idéologie nationaliste; pour autant, de telles associations ne perdurent jamais très longtemps. Au final, mon seul regret durant ce colloque en Espagne aura été au final de n’avoir pas eu le temps de découvrir l’endroit. C’est quelque chose qui me contrarie toujours : être envoyé en séminaire et ne pas avoir le temps de explorer le pays. J’espérais naturellement en profiter pour apprécier un peu plus la destination (je n’y étais jusque là jamais allé), que ce soit entre collègues ou en solo. Malheureusement, nous avons passé tout notre temps enfermé dans une salle de meeting. Et histoire d’enfoncer le clou, dans des salles offrant une vue splendide par la fenêtre ! Je crois que mon entreprise est parvenu à inventer une forme de torture moderne. Heureusement que l’organisation était exceptionnelle, ce qui contrebalançait cette faute. Davantage d’information sur ce séminaire en Espagne.

( 16 mars, 2017 )

Les Tech contre Trump

Les géants de la high-tech regorgent d’ingénieurs d’origine étrangère qui adorent la mondialisation, à mille lieux de l’idéologie trumpienne de l’Amérique d’abord. L’utopie numérique de la Silicon Valley, fondée sur la mondialisation, la dérégulation et la transparence, est à l’exact opposé des valeurs défendues par le président Donald Trump: le protectionnisme économique doublé d’un nationalisme anti-immigrés. Ces deux mondes sont entrés en collision après la signature par Trump le vendredi 27 janvier d’un ordre exécutif suspendant l’accueil de réfugiés (sauf chrétiens) et d’immigrants venant de sept pays à majorité musulmane. Alors que de nombreux PDG d’autres secteurs ont refusé de faire des commentaires sur le sujet, la plupart des poids lourds de la tech ont diffusé des messages critiquant la politique migratoire du président. Beaucoup ont aussi promis de donner de l’argent pour aider les personnes affectées. Jeff Bezos, le PDG d’Amazon, a écrit à ses employés qu’il allait soutenir un procès contre l’ordre exécutif et qu’il démarcherait le Congrès pour voir comment le bloquer au niveau législatif. Le lundi 30 janvier, plus de deux milles employés d’Alphabet, la société mère de Google, ont quitté leur poste de travail pour manifester contre le décret. Le PDG Sundar Pichai et le co-fondateur de Google, Sergeï Brin (qui avait manifesté à l’aéroport de San Francisco le jour d’avant), ont fait des discours. L’entreprise a déclaré qu’une donation de deux millions de dollars serait versée à des associations de défense des droits des réfugiés et immigrés. De même, Lyft a donné un million de dollars à l’ACLU, l’organisation dont les avocats ont obtenu la suspension des détentions le dimanche 29 janvier. Le PDG de Netflix a qualifié les actions de Trump d’«anti-américaines», le PDG de Slack a parlé d’initiatives «maléfiques», et le PDG d’Airbnb a offert des logements gratuits aux réfugiés dont les vols pour les États-Unis ont été bloqués. Un mouvement «Tech against Trump» a été lancé, avec une manifestation prévue le 14 mars à Palo Alto. Seuls Uber s’est démarqué, profitant d’une grève des taxis new-yorkais protestant contre le «muslim ban» pour augmenter les tarifs de ses courses. Ce qui lui vaut depuis de nombreux appels publics à supprimer l’application de son smartphone. Cette élite californienne et progressiste de la tech –composée en grande partie par des surdiplômés d’origine immigrée– représente à peu près tout ce que rejette la rhétorique populiste de Trump.  Le fossé était déjà apparent pendant la campagne. En juin 2016, plus de cent leaders de la tech, dont les patrons d’eBay, de Yelp et de Reddit, avaient publié une lettre ouverte expliquant que Trump serait un «désastre pour l’innovation». «Sa vision va à l’encontre de l’échange ouvert d’idées, de la libre circulation des personnes et des interactions productives avec le monde extérieur», avaient-ils résumé. Ils avaient aussi souligné à quel point Trump avait l’air de mal comprendre internet: «Donald Trump propose de « fermer » des parties d’internet comme stratégie sécuritaire –ce qui révèle une erreur de jugement et une ignorance quant au fonctionnement de la technologie.» Après l’élection de Trump, l’idée d’une sécession de la Californie –le Calexit– a connu un regain d’intérêt et les sympathisants ont commencé à récolter des signatures pour organiser un référendum sur le sujet. «Si Trump gagne, j’annonce et je finance une campagne pour que la Californie devienne sa propre nation», avait tweeté Shervin Pishevar, un investisseur de la Silicon Valley.  Il semble depuis plus sceptique au sujet de la sécession et refuse d’en parler à la presse. Plus extrême, Balajit Srinivasan, qui travaille dans le capital risque, a récemment réitéré son idée de faire de la Silicon Valley une société autonome non gérée par le gouvernement. Peu après l’élection de Trump, il a dit au Wall Street Journal que son réseau de l’université de Stanford, «le connectait plus à Harvard et à Pékin qu’à la Central Valley», la région agricole de la Californie. En 2014, le magazine GQ racontait l’épopée Blueseed, soit déjà le projet de créer sur un immense navire une Silicon Valley flottante au large des côtes californiennes sur lequel ne s’appliquerait pas les lois américaines, notamment en matière de taxes et de droit du travail.  Or, c’est en partie en repoussant cet idéal d’une l’élite globalisée que Trump a séduit l’électorat blanc qui n’a pas profité de la mondialisation. Si les entreprises de la tech sont aux premières loges du combat contre Trump, c’est à la fois une question d’intérêt et de valeurs. En effet, comme l’explique l’historien Fred Turner, les idéaux du monde de la tech sont issus d’une contre-culture californienne de gauche. Si on regarde les contributions financières faites par les employés de la tech à des candidats politiques, on voit que le secteur est parmi les plus progressistes du pays (seuls Hollywood, les universitaires et les médias sont plus à gauche.) Mais comme le souligne Turner, les idéaux de la Silicon Valley sont plus proches d’une gauche libertarienne qu’interventionniste. Alors que sur les questions d’immigration, tous les dirigeants de la tech sont à la gauche de Trump, ils sont par contre en général peu friands de sa critique de la mondialisation et du libre-échange. Quand les deux-tiers ou les trois-quarts des PDG de la Silicon Valley viennent d’Asie du Sud ou d’Asie, je pense… Un pays, c’est plus qu’une économie Pendant la campagne, Trump a par exemple promis que sous sa présidence, les iPhones seraient désormais assemblés aux États-Unis, ce qui coûterait beaucoup plus cher à Apple. Il a aussi dit qu’il taxerait fortement les produits d’entreprises américaines qui sont faits dans des usines à l’étranger. Mais lors d’une rencontre en décembre à la Trump Tower avec tout le gratin de la Silicon Valley, le président s’était voulu beaucoup plus rassurant: «Nous allons faire en sorte que vous puissiez facilement commercer par-delà les frontières», avait-il dit. Après la réunion, aucun des PDG n’avait critiqué Trump. Ceci dit, les tensions sont sur le point d’empirer. En effet, selon le site Bloomberg, Trump s’apprête à signer un ordre exécutif qui pourrait rendre plus difficile l’obtention de visas H1B, utilisés par les entreprises américaines, particulièrement dans la tech, pour recruter des immigrés ultra-qualifiés dans des secteurs clés. À droite comme à gauche, de nombreux responsables politiques s’accordent pour dire que ce programme est trop souvent utilisé par des sous-traitants qui embauchent des immigrés pour faire des économies, un détournement de sa mission originelle. Trump veut que priorité soit donnéee aux Américains. En novembre 2015, Steve Bannon, qui était alors encore directeur de Breitbart News, interviewait Trump, candidat aux primaires, à ce sujet dans une émission radio. Trump disait que les étudiants étrangers qui vont dans des universités américaines prestigieuses devraient pouvoir rester aux États-Unis s’ils ont beaucoup de talent.  Bannon, qui est désormais conseiller stratégique du président à la Maison-Blanche, avait alors rétorqué (en citant des chiffres exagérés): «Quand les deux-tiers ou les trois-quarts des PDG de la Silicon Valley viennent d’Asie du Sud ou d’Asie, je pense… Un pays, c’est plus qu’une économie, c’est une société civile.» Sa vision xénophobe semble avoir triomphé. Le nouveau décret du président a déjà affecté des centaines d’étudiants étrangers qui ne peuvent pas immédiatement revenir aux États-Unis, des étudiants dont certains rêvaient probablement d’une carrière dans la Silicon Valley.

Publié dans Non classé par
Commentaires fermés
12345
Page Suivante »
|